| Libretto: Iphigénie en Aulide |
|
|
Personnages:
AGAMEMNON (Baritone) CLYTEMNESTRE, femme d'Agamemnon (Mezzo-Soprano) IPHIGÉNIE, fille d'Agamemnon et de Clytemnestre (Soprano) ACHILLE (Ténor) PATROCLE (Basse) CALCHAS, grand-prêtre (Basse) ARCAS, capitaine des gardes d'Agamemnon (Ténor) CHOEUR Grecs et Grecques, Gardes, Guerriers thessaliens, Femmes argiennes, aulidiennes et lesbiennes, Diane et ses prêtresses La scène est en Aulide ACTE PREMIER Le théâtre réprésente, dans le fond, d'un côté, le camp des Grecs; et, de l'autre, une des façades du palais d'Agamemnon SCÈNE I AGAMEMNON seul Diane impitoyable, en vain vous l'ordonnez Cet affreux sacrifice; En vain vous promettez de nous être propice, De nous rendre les vents par votre ordre enchainés. Non, la Grèce outragée, Des Troyens, à ce prix, ne sera pas vengée. Je renonce aux honneurs qui m'étaient destinés; Et dût-il m'en coûter la vie, On n'immolera point ma fille Iphigénie. Diane impitoyable, en vain vous l'ordonnez. Brillant auteur de la lumière, Verrois-tu, sans pâlir, le plus grand des forfaits? Dieu bienfaisant, exauce ma prière, Et remplis les voeux que je fais! Sur la route de Mycène, Dirige le fidèle Arcas; Que, trompant ma fille et la reine, Elles pensent qu'Achille, oubliant tant d'appas, Songe à former une autre chaîne; Qu'elles retournent sur leurs pas. Brillant auteur de la lumière, Verrois-tu, sans pâlir, le plus grand des forfaits? Dien bienfaisant, exauce ma prière, Et remplis les voeux que je fais! Si ma fille arrive en Aulide, Si son fatal destin la conduit dans ces lieux; Rien ne la peut sauver du transport homicide De Calchas, des Grecs et des dieux. SCÈNE II Calchas, Agamemnon, Grecs CHOEURS DE GRECS C'est trop faire de résistance; Il faut, des dieux irrités Nous révéler les volontés, O Calchas, rompez le silence! GÉNÉRAUX GRECS Parlcz: pour calmer leur courroux, Quel sacrisice exigent-ils de nous? CALCHAS Pourquoi me faire violence! CHOEURS DES GRECS C'est trop etc. CALCHAS Le ciel répond à votre impatience. – D'une sainte terreur tous mes sens sont saisis: Diane, ô puissante déesse Ton esprit m'agite et me presse, J'annonce, en frémissant, l'ordre que tu préscris. Tu veux que par ma main tremblante Le sang le plus pûr soit versé .... Quoi! ton courroux ne peut être appaisé Que par une offrande sanglante! Que de cris, que de pleurs! O père déplorable! O divinité redoutable! Adoucis tes rigueurs! AGAMEMNON, CALCHAS O divinité redoutable, Adoucis tes rigueurs! CALCHAS Grecs, pourrez-vous l'offrir cet affreux sacrisice? LES GRECS Nomme-nous la victime, et s'il faut l'immoler, Sur l'autel, par nos mains, tout son sang va couler. O Diane! sois-nous propice, Conduis-nous au bord phrygien; Que notre fureur s'assouvisse Dans le sang du dernier Troyen! CALCHAS Soyez contens, allez; et ce jour même, La victime à l'autel remplira vos souhaits. SCÈNE III Agamemnon, Calchas CALCHAS Vous voyez leur sureur extrême, Et vous savez des dieux la volonté suprême. AGAMEMNON Ah! ne me parlez plus de ces dieux que je hais. CALCHAS Téméraire! arrêtez; redoutez leur vengeance! Par une prompte obéissance, Vous en pouvez encore prévenir les effets: Soumettez-vous, sans résistance, A leurs inflexibles décrets. AGAMEMNON Peuvent-ils ordonner qu'un père De sa main présente à l'autel Et pare du bandeau mortel Le front d'une victime et si tendre et si chère! Je n'obéirai point à cet ordre inhumain. J'entends retentir dans mon sein Le cri plaintif de la nature; Elle parle à mon coeur, et sa voix est plus sûre Que les oracles du destin. Je n'obéirai point à cet ordre inhumain. CALCHAS Vous oseriez être parjure! ... Le ciel a reçu vos sermens. AGAMEMNON Je reconnois mes engagemens. Sur ces bords malheureux, si ma fille, appelée, Obéit, je consens qu'elle soit immolée. CALCHAS On croit tromper les dieux avec de vains détours; Mais jusqu'au fond des coeurs leur oeil percant sait lire. S'il faut qu'Iphigénie expire, Vous tentez vainement de conserver ses jours. Malgré vous, à l'autel ils sauront la conduire ... Ils y traînent déjà ses pas. SCÈNE IV CHOEURS DES GRECS qui traversent le théâtre Clytemnestre et sa fille! ô dieux! que d'allégresse! Courons admirer tant d'appas. AGAMEMNON Qu'entends-je! juste ciel! (Ma fille, je frémis) ... Ô douleur! Ô tendresse! SCÈNE V Agamemnon. Calchas CALCHAS Au faîte des grandeurs, mortels impérieux, Voyez quelle est votre foiblesse! Rois, sous qui tout fléchit, Fléchissez sous les dieux. AGAMEMNON Dieux cruels! vous voulez opprimer l'innocence. Accablé sous votre puissance, Je ne puis résister à votre volonté. On entend derrière le théâtre une symphonie AGAMEMNON entre la musique encore éloignée Qu'entends-je, juste ciel! CALCHAS La victime s'avance. AGAMEMNON Ah! Calchas, que son nom soit encore un mystère. Dieux! que de pleurs va répandre une mère! Ils sortent SCENE VI Clytemnestre, Iphigénie, Grecs et Grecques de leur suite, Auliens, Auliennes. Clytemnestre, Iphigénie, arrivent sur le théâtre, montées sur un char antique, accompagnées des femmes de leur suite. Ce char est suivi et précédé d'une garde magnisiquement vêtue. Un peuple immense entonre et suit, en dansant et en chantant LE CHOEUR Que d'attraits, que de majesté! Que de grâces, que de beauté! Qu'aux auteurs de ses jours elle doit être chère! Agamemnon est à la fois Le plus fortuné père, Le plus heureux époux et le plus grand des rois. CLYTEMNESTRE après être descendu du char, et en s'avançant sur le devant du théâtre Que j'aime à voir ces hommages flatteurs, Qu'ici l'on s'empresse à vous rendre! Pour une mère tendre, Que ce spectacle a de douceurs! Demeurez dans ces lieux, ma fille; et, sans partage, Recevez les honneurs qui nous sont addressés. Je vais voir, si le roi de nos voeux empressés Consent à recevoir l'hommage. Clytemnestre sort suivie d'une partie de la garde Divertissement LE CHOEUR Non, jamais, aux regards du perfide Pâris, Les trois rivales immortelles Qui, sur le mont Ida, disputèrent le prix, N'offrirent tant d'appas, ne parurent si belles. UNE GRECQUE À la suprême majesté De la jalouse déité, Qui règne sur les airs, que l'Olympe révère; UNE AUTRE À la redoutable fierté De la déesse de la guerre; UNE TROISIÈME Au sourire enchanteur de la tendre Vénus, Elle unit toutes les vertus De la fille du dieu qui lance le tonnerre. LE CHOEUR Non, jamais, aux regards du perfide Pâris, Les trois rivales immortelles Qui, sur le mont Ida, disputèrent le prix, N'offrirent tant d'appas, ne parurent si belles. IPHIGÉNIE Les voeux dont ce peuple m'honore, Peuvent-ils flatter mes souhaits? Achille à mes yeux inquiets Ne s'offre point encore. Suite du divertissement SCÈNE VII Iphigénie, Clytemnestre, Peuple CLYTEMNESTRE au peuple Allez .... à Iphigénie Il faut sauver notre gloire offensée. Ma fille, il faut partir à l'instant de ces lieux. IPHIGÉNIE Sortir sans voir Achille! ô dieux! Lui de qui l'ardeur empressée ... CLYTEMNESTRE Achille désormais doit vous être odieux: Indigne de l'honneur promis à sa tendresse, Dans de nouveaux liens ses voeux sont retenus. IPHIGÉNIE Qu'entends-je! CLYTEMNESTRE Agamemnon, redoutant que la Grèce Ne vous vît exposée à l'affront d'un refus, Vous ordonnait de fuir loin de l'Aulide, Et d'aller dans Argos, oublier le perfide. Arcas nous apportoit ces ordres absolus; Mais nos pas égarés trompant sa diligence, Il ne vient que dans ce moment, De s'acquitter des soins commis à sa prudence, Et de me consirmer ce fatal changement. IPHIGÉNIE Hélas! CLYTEMNESTRE Armez-vous d'un noble courage; Étouffez des soupirs trop indignes de vous, N'écoutez qu'un juste courroux, Contre un amant qui vous outrage! Que votre père et les dieux irrités, Ces dieux jaloux dont vous sortez, S'arment, pour le punir, de toute leur puissance; Et que le cri de la vengeance Retentisse de tous côtés! Armez-vous d'un noble courage; Étouffez des soupirs trop indignes de vous, N'écoutez qu'un juste courroux, Contre un amant qui vous outrage! Elle sort SCÈNE VIII IPHIGÉNIE seule L'ai-je bien entendu? grands dieux! le puis-je croire, Qu'oubliant ses engagemens, Achille, au mépris de sa gloire, Au mépris de l'amour, trahisse ses sermens? Hélas! mon coeur sensible et tendre, De ce jeune héros s'était laissé charmer! La gloire et le devoir m'ordonnaient de l'aimer. Et d'accord avec eux, l'amour vint me surprendre. Parjure! tu m'oses trahir; Un autre objet a su te plaire: Je te dois toute ma colère; Je forcerai mon coeur à te haïr. Que sa tendresse avoit pour moi de charmes! Qu'il est cruel d'y renoncer! De mes yeux, malgré moi, je sens couler des larmes; Est-ce pour un ingrat qu'ils en devraient verser! Un autre objet a su te plaire: Parjure! tu m'oses trahir! Je te dois toute ma colère, Je forcerai mon coeur à te haïr. SCÈNE IX Iphigénie, Achille ACHILLE En croirai-je mes yeux! ô ciel! vous en Aulide, Princesse? IPHIGÉNIE Quel que soit le destin qui me guide, Ma gloire ne pourra du moins me reprocher Que c'est Achille ici que mon coeur vient chercher. ACHILLE Qu'entends-je? quel discours! est ce à moi qu'il s'adresse? IPHIGÉNIE De votre nouvelle tendresse, Suivez, suivez les mouvemens; Votre infidélité n'aura rien qui me blesse, Et vous pouvez former d'autres engagemens. ACHILLE D'autres engagemens! .... De cette perfidie Qui m'ose accuser? IPHIGÉNIE Moi ... que vous avez trahie. ACHILLE Achille vous trahir! IPHIGÉNIE Malgré tant de sermens ... ACHILLE Cesser d'aimer Iphigénie! ... IPHIGÉNIE Rompre la chaine qui nous lie! ACHILLE Moi, briser des noeuds si charmans! IPHIGÉNIE Oui, vous brûlez que je ne sois partie ... Rassurez-vous; bientôt, au gré de votre envie, Mon départ pour Argos, que pressent vos désirs, Va laisser un champ libre à vos nouveaux soupirs. ACHILLE Ah, c'en est trop; d'un vain caprice Achille peut, de vos charmes épris, Sans murmurer, supporter l'injustice; Mais son coeur n'est point fait pour souffrir de mépris. IPHIGÉNIE Ihpigénie, hélas! vous a trop sait connoître, Pour sa gloire et pour son bonheur, Que l'estime et l'amour, peut-être, Lui parloient en votre faveur. ACHILLE S'il était vrai, votre amour et ma gloire Vous auraient-ils permis ces soupçons odieux? Achille vous trahir! grands dieux! Ah! pour vous pardonner d'avoir osé le croire, Il faut tout l'excès de mes feux. Cruelle, non, jamais votre insensible coeur Ne fut touché de mon amour extrême: Si vous m'aimiez autant que je vous aime, Vous ne douteriez pas de ma fidelle ardeur. Vous pouvez affliger un coeur qui vous adore, Par des soupçons injurieux, Et lui faire un tourment affreux, Du feu constant qui le dévore. Cruelle, non, jamais votre insensible coeur Ne fut touché de mon amour extrême: Si vous m'aimiez autant que je vous aime, Vous ne douteriez pas de ma fidelle ardeur. IPHIGÉNIE Mon trouble, mes soupçons, mon dépit, ma douleur, Tout vous a prouvé ma foiblesse: Il vous est bien aisé de tromper ma tendresse; A vous croire, mon coeur n'est que trop empressé. ACHILLE Ne doutez jamais de ma flamme; De ce doute cruel mon amour est blessé. IPHIGÉNIE Vous le banissiez de mon ame; Je sens que pour jamais il en est effacé. ACHILLE Iphigénie, ô ciel! m'a pu croire infidelle! Par d'odieux soupçons elle a pu m'outrager! IPHIGÉNIE Ne me reprochez point une erreur trop cruelle: Les maux que j'ai soufferts, ont bien su vous venger. Ensemble IPHIGÉNIE Que votre amour pour mon coeur a de charmes! ACHILLE Que cet aveu pour mon coeur a de charmes! Hymen, viens calmer nos alarmes, Par des liens charmans viens unir, en ce jour, Deux coeurs formés pour toi par les mains de l'amour. ACTE DEUXIÈME Le théâtre représente un vaste portique du palais d'Agamemnon SCÈNE I Iphigénie, femmes de sa suite LE CHOEUR DE FEMMES Rassurez-vous, belle princesse; Achille sera votre époux: Agamemnon, pour vous plein de tendresse, Sait trop que ce héros est le seul de la Grèce, Qui soit digne de vous. IPHIGÉNIE Vous essayez en vain de bannir mes alarmes; Achille est instruit que le roi Le soupçonnoit de mépriser mes charmes Et de trahir sa foi: Sa gloire offensée en murmure; Ce soupçon lui paroît une mortelle injure, Et j'ai lu dans ses yeux tout son ressentiment. Vous connoissez la fierté de mon père: Ils sont ensemble en ce moment. LE CHOEUR DE FEMMES Rassurez-vous, belle princesse; Achille sera votre époux: Agamemnon, pour vous plein de tendresse, Sait trop que ce héros est le seul de la Grèce, Qui soit digne de vous. IPHIGÉNIE Vous essayez en vain de bannir mes alarmes; L'amour n'a que de faibles armes, Quand l'honneur parle au héros offensé. Par la crainte et par l'espérance, Ah! que mon coeur est tourmenté. Rien n'égale la violence Des mouvemens consus dont il est agité. Amour, j'implore ta puissance! Fléchis d'Agamemnon l'implacable fierté, Appaise le courroux d'un amant irrité, Et rétablis entre eux l'heureuse intelligence D'où dépend ma félicité. Par la crainte et par l'espérance, Ah! que mon coeur est tourmenté! Rien n'égale la violence Des mouvemens confus dont il est agité. SCÉNE II Clytemnestre, Iphigénie, femmes de sa suite CLYTEMNESTRE Ma fille, votre Hymen s'apprête, Le roi lui-même, au temple, en ordonne la fête: Quel triomphe pour vous, quelle gloire pour moi! Aux yeux de tous les Grecs, le fils d'une déesse Va me nommer sa mère et vous donner sa foi. IPHIGÉNIE Ah, grands dieux! je renaîs, CLYTEMNESTRE Tout plein de sa tendresse, Achille vient. SCÈNE III Les actrices précédentes. Achille, Patrocle, Thessaliens et Thessaliennes ACHILLE Les auteurs de vos jours Consentent que l'Hymen m'unisse à ce que j'aime; De ma félicité suprême, Princesse, rien ne peut interrompre le cours. Les Thessaliens entrent en ordre militaire; ils sont suivis d'esclaves, portant les dépouilles de Lesbos, enlevées par Achille ACHILLE se tournant vers les Thessaliens Chantez, célébrez votre reine! L'Hymen qui sous ses loix m'enchaîne, Va vous rendre à jamais heureux. LE CHOEUR Chantons, célébrons notre reine. L'Hymen qui sous ses loix t'enchaîne, Va nous rendre à jamais heureux. Divertissement UNE THESSALIENNE Achille est couronné des mains de la Victoire, Et l'Hymen et l'Amour le parent tour-à-tour; Ah! qu'il est doux d'unir au laurier de la gloire Les myrtes de l'Amour! CHOEUR Ami sensible, ennemi redoutable, Son ame fière et son bras indomptable, Dans les combats Mars est moins formidable; Rien ne résiste à ce jeune vainqueur. Phrygiens, redoutez sa puissance! Il va bientôt signaler sa vengeance. Vous le verrez, et sa seule présence Dans vos remparts répandra la terreur. Suite du divertissement ESCLAVES LESBIENNES Les filles de Lesbos viennent vous faire entendre, Par l'ordre du vainqueur, leurs suppliantes voix. UNE ESCLAVE Il combattoit pour vous, et ses premiers exploits Ont réduit ma patrie en cendre. LES ESCLAVES En daignant nous donner des loix, Vous tarirez les pleurs qu'il nous a fait répandre. IPHIGÉNIE Venez et vous serez mes compagnes fidelles. J'ai causé vos malheurs; je dois par mes bienfaits Vous consoler de vos pertes cruelles, Et vous faire oublier les maux qu'on vous a faits. Suite du divertissement ACHILLE, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, PATROCLE Jamais à tes autels le plus saint des sermens, Favorable Hyménée, N'enchaîna la destinée De plus heureux époux, de plus tendres amans. SCENE IV Les acteurs de la scène précédente. Arcas qui est entré vers la sin du divertissement ACHILLE Princesse, pardonnez à mon impatience. Agamemnon nous attend à l'autel; Venez combler les voeux du plus heureux mortel. ARCAS se jetant au devant Je ne puis plus garder un coupable silence. Infortunés amans, où courez-vous? O ciel! Non, non, vous n'irez pas à cet autel funeste. ACHILLE Que dites-vous Arcas! CLYTEMNESTRE Vous me faites trembler. ARCAS Votre époux, instrument de la fureur céleste, Attend sa fille au temple, et c'est – pour l'immoler. CLYTEMNESTRE Lui! Mon époux! IPHIGÉNIE, ACHILLE Mon père! / Son père! CLYTEMNESTRE O désespoir! ô crime! TOUS AVEC LE CHOEUR Fut-il jamais conçu de projet plus affreux! ARCAS Oui, c'est Iphigénie, oui, voilà la victime Que demandent les dieux. LES THESSALIENS s'avançant en tumulte Nous ne sonffrirons point ce sacrifice impie: C'est notre reine, Achille est son époux; Et nous périrons tous, Pour conserver les jours d'Iphigénie. CLYTEMNESTRE tombant aux genoux d'Achille Seigneur, j'embrasse vos genoux. Ayez pitié de cette infortunée: Sur ces bords malheureux je l'avois amenée, Dans l'espoir de l'unir à vous. Par un père cruel à la mort condamnée, Et par les dieux abandonnée; Elle n'a que vous seul; vous êtes dans ces lieux Son père, son époux, son asyle et ses dieux. Vous remplirez mon espérance, Vous désendrez des jours si précieux; Le courroux éclatant qui paroît dans vos yeux M'en donne l'assurance. Par un père cruel à la mort condamnée, Et par les dieux abandonnée; Elle n'a que vous seul; vous êtes dans ces lieux Son père, son époux, son asyle et ses dieux. ACHILLE Reine, rassurez-vous, et n'appréhendez pas Que son père et les Grecs l'arrachent de vos bras: Rentrez, je vais ici l'attendre. IPHIGÉNIE Je ne vous quitte pas; seigneur, daignez m'entendre. ACHILLE Le cruel, sous mon nom, vous donnoit le trépas! A ma juste fureur rien ne peut le soustraire. IPHIGÉNIE Seigneur, au nom des dieux, songez qu'il est mon père. ACHILLE Votre père, cet inhumain! IPHIGÉNIE C'est mon père, seigneur; c'est un père que j'aime ... CLYTEMNESTRE Son père! et le cruel veut lui percer le sein! IPHIGÉNIE Un père infortuné, qui me chérit lui-même. ACHILLE Je ne vois plus en lui qu'un perfide assassin. CLYTEMNESTRE Ciel, soutiens mon courage; Je n'espère qu'en toi! IPHIGÉNIE Ciel, détourne l'orage, Dissipe mon effroi! ACHILLE Ciel, dévoue à ma rage Un inhumain, sans foi. ENSEMBLE O ciel, exauce-moi! SCÈNE V Achille. Patrocle ACHILLE Suis-moi, Patrocle. PATROCLE Et que voulez-vous faire? Voulez-vous, n'écoutant qu'un aveugle transport, Aussi cruel que les dieux et son père, Vous-même lui donner la mort? ACHILLE Qui! moi? cours, et dis-lui qu'elle n'a rien à craindre, Qu'outragé, furieux, mais vaincu par l'amour, Quelque soit mon courroux, je saurai me contraindre, Et respecter celui qui lui donna le jour. SCÈNE VI Agamemnon, Achille, Arcas, Gardes ACHILLE Je le vois, ciel! retiens la fureur qu'il m'inspire. Arrêtez! AGAMEMNON à part C'est Achille! Auroit-on pu l'instruire? ACHILLE Je sais vos barbares projets; Je sais qu'inhumain et parjure, Vous vouliez, sous mon nom, consommer des forfaits Dont frémit la nature: J'en saurai, malgré vous, prévenir les effets. Mais, vous, qui m'avez fait la plus sensible injure, Rendez grâce à l'amour, si mon bras furieux N'a pas encor vengé ... AGAMEMNON Jeune présomptueux, Vous, dont l'audace et m'indigne et me blesse, Oubliez-vous qu'ici je commande à la Grèce; Que je ne dois qu'aux dieux compte de mes desseins, Et que vingt rois, soumis à mon pouvoir suprême, Doivent, sans murmurer, que vous devez vous-même, Attendre, avec respect, mes ordres souverains? ACHILLE Dieux! faudra-t-il souffrir ce superbe langage? Votre fille est à moi; mes droits sont vos sermens; De mon bonheur votre aveu fut le gage: Vous tiendrez vos engagemens! AGAMEMNON Cessez un discours qui m'offense. Quelque sort aujourd'hui qui lui soit destiné, C'est à vous d'attendre en silence Ce qu'un père et les dieux en auront ordonné. ACHILLE Est-ce à moi que l'on parle, et pourroit-on le croire? Pensez-vous, qu'insensible à la gloire, à l'amour, Je vous laisse immoler votre fille en ce jour, Et des horreurs consommer la plus noire? AGAMEMNON Pensez-vous, qu'oubliant et mon rang et ma gloire, Je souffre plus long-tems vos superbes discours? De votre audace téméraire, J'arrêterai le cours. ACHILLE De votre fureur sanguinaire Je sauverai ses jours. AGAMEMNON Audacieux! ACHILLE Barbare père! ENSEMBLE Tremblez, redoutez ma colère: Craignez l'effet de mon ressentiment! AGAMEMNON Je vous ferai connoître, ACHILLE Vous apprendrez, peut-être, AGAMEMNON Si l'on me brave impunément. ACHILLE Si l'on m'offense impunément. ENSEMBLE Tremblez, redoutez ma colère; Craignez l'effet de mon ressentiment! ACHILLE Je n'ai plus qu'un mot à vous dire; Et, si vous m'entendez, ce seul mot doit suffire. Avant que votre fureur Immole ce que j'aime Il faut que votre rage extrême S'apprête à me percer le coeur. Il sort SCÈNE VII Agamemnon, Arcas, Gardes AGAMEMNON Tu décides son sort; Ton insolente audace Hâte le coup qui la menace; Elle va recevoir la mort. A moi, soldats! .... O dieu! que vais-je faire! C'est ta fille, cruel, que tu leur vas livrer; Ta fille, si long-tems à ton amour si chère! Tout mon coeur se sent déchirer. Non, qu'elle vive! ... Ah! qu'elle est ma foiblesse! Pour conserver ses jours que les dieux ont proscrits, Faut-il sacrifier l'intérêt de la Grèce? Faut-il d'Achille endurer les mépris? Non! que plutôt cent fois à l'autel entraînée, Ma fille par sa mort .... Ma fille! je frémis. Iphigénie, ô ciel! de festons couronnée, A l'homicide acier présentera son sein! Je verrai tout son sang couler? .. Père inhumain! N'entends-tu pas déjà les cris des Euménides? L'air retentit des affreux sifflements De leurs serpens homicides: Vengeresses des parricides, Elles commencent tes tourmens. Barbares! arrêtez! les dieux ont fait mon crime, Ils ont conduit ma main, ils ont porté les coups; Eux seuls immolent la victime. Quoi! rien ne peut fléchir votre courroux, Cruelles! ... Mais en vain votre fureur s'irrite. Le remord dévorant qui me presse et m'agite, Pour déchirer mon coeur est plus puissant que vous. – Avec ma garde, Arcas, accompagnez la reine; Qu'elle prenne, à l'instant, le chemin de Mycène; Qu'avec ma fille, abandonnant ces lieux, Elle la cache à tous les yeux. Allez. Arcas et les gardes sortent O toi, l'objet le plus aimable, Que tant de vertus sont chérir, Pardonne à ton père coupable, En faveur de son repentir. Hélas! c'est toi qui la première D'un nom si doux sut m'appeler; Et déjà ma main sanguinaire Se préparoit à t'immoler! Non, que plutôt des dieux l'implacable colère A tes yeux me puisse accabler. O toi, l'objet le plus aimable, Que tant de vertus font chérir, Pardonne à ton père coupable, En faveur de son repentir. Et toi, déesse impitoyable, Perce mon coeur, au lieu du sien; Satisfais ta rage implacable: Tu veux du sang, répands le mien! ACTE TROISIÈME Le théâtre représente l'intérieur d'une tente magnifique, dont l'ouverture laisse voir une foule de peuple en tumulte SCÈNE I Iphigénie, femmes de sa suite; Arcas, gardes, Grecs, derrière le théâtre et à la porte de la tente CHOEUR DES GRECS Non, non, nous ne souffrirons pas Qu'on enleve au dieux leur victime; Ils ont ordonné son trépas, Notre fureur est légitime. IPHIGÉNIE entrant éperdue, au milieu de ses femmes et des gardes Pourquoi vous opposer, Arcas, A la fureur qui les anime? ARCAS aux femmes Dans ces lieux retenez ses pas, Tandis qu'à mon devoir fidèle, Mon bras va repousser cette troupe cruelle. SCÈNE II Iphigénie, femmes de sa suite IPHIGÉNIE à Arcas qui sort Ne tentez point des efforts impuissans; aux femmes Volez au secours de ma mère, Eloignez ses regards de mes derniers instans, Et laissez-moi des dieux assouvir la colère. Mourons, obéissons ... SCÈNE III Iphigénie. Achille ACHILLE Princesse, suivez-moi! Ne craignez ni les cris, ni la rage inutile D'un peuple, à mon aspect saisi d'un juste effroi! Marchez en sûreté sous la garde d'Achille, Venez .... IPHIGÉNIE Hélas! ô devoir rigoureux! ACHILLE Venez, ne perdons point des instans précieux! IPHIGÉNIE Vous vous armez en vain pour une insortunée, Seigneur, dont le trépas ... ACHILLE Quel étrange discours! Songez-vous que ma destinée, Ma vie et mon bonheur dépendent de vos jours? IPHIGÉNIE Ils m'étoient chers, je ne puis m'en défendre, Ces jours, contre lesquels les dieux sont conjurés; Ils vous appartenoient, et l'amour le plus tendre Vous les avoit à jamais consacrés. Il faut de mon destin subir la loi suprême: Jusqu'au tombeau je braverai ses coups; Oui, sous le fer de Calchas même, Je vous dirai que je vous aime, Et mon dernier soupir ne sera que pour vous. ACHILLE Et vous m'aimez? Puis-je le croire encore? Vous savez que je vous adore, Ingrate, et vous voulez mourir! IPHIGÉNIE Partez, seigneur, la gloire vous appelle; Elle offre à vos regards la carrière immortelle, Où vous devez courir: Ma mort seule peut vous l'ouvrir. ACHILLE Cette gloire à mes yeux si belle, Vous voulez donc, cruelle, Me la faire haïr! IPHIGÉNIE Adieu, conservez dans votre ame Le souvenir de notre ardeur; Et qu'une si parfaite flamme Vive à jamais dans votre coeur. N'oubliez pas qu'Iphigénie, Digne d'un moins funeste sort, Pour vous seul chérissoit la vie, Et vous aima jusqu'à la mort. Adieu, conservez dans votre ame Le souvenir de notre ardeur; Et qu'une si parsaite flamme Vive à jamais dans votre coeur. ACHILLE Sans vous, Achille pourroit vivre? Non, non, j'en atteste les dieux! Je dois vous arracher, malgré vous, de ces lieux. Venez, princesse, il faut me suivre. IPHIGÉNIE Arrêtez! .... Quel est votre espoir? Avez-vous cru qu'Iphigénie Pût oublier sa gloire et son devoir? Ils lui sont plus chers que la vie. ACHILLE Hé bien, obéissez, barbare; Courez chercher le plus affreux trépas. A ce temple odieux, je marche sur vos pas, J'y préviendrai le coup qu'on vous prépare. Calchas, d'un trait mortel percé, Sera ma première victime; L'autel, préparé pour le crime, Par ma main sera renversé. Et si, dans ce désordre extrême, Votre père, offert à mes coups, Frappé, tombe et périt lui-même, De sa mort, n'accusez que vous. SCÈNE IV Iphigénie, femmes de sa suite IPHIGÉNIE Cruel! ... Il fuit ... O ciel! satisfais ton courroux, Et préviens par ma mort le carnage et le crime! SCÈNE V Iphigénie, Clytemnestre, femmes. Grecs derrière le théâtre CHOEUR DES GRECS Non, non, nous ne souffrirons pas Qu'on enleve au dieux leur victime; Ils ont ordonné son trépas, Notre fureur est légitime. CLYTEMNESTRE Osez mettre le comble à votre rage impie, Barbares! venez donc m'immoler dans ses bras. Elle se jette dans ses bras O ma fille! IPHIGÉNIE O ma mère! CLYTEMNESTRE O mon Iphigénie! Jusqu'au dernier soupir je défendrai tes jours. IPHIGÉNIE Rien n'en peut prolonger le cours. Les dieux les ont marqués du sceau de leur colère; Fuyez, laissez aux Grecs servir leur cruauté. Ah! si jamais je vous fus chère, Partez et n'allez point dans un camp révolté, Pour m'arracher des mains d'un peuple sanguinaire, Exposer votre rang et votre dignité. CLYTEMNESTRE Eh! qu'importe ma gloire et mon rang et ma vie! Non, si ma fille m'est ravie, Non, je ne veux plus voir la lumière des cieux. IPHIGÉNIE Vivez pour Oreste, mon frère; Sur cet objet si cher réunissez vos voeux: Puisse-t-il être plus heureux, Puisse-t-il être, hélas! moins funeste à sa mère! Du sort qui me poursuit n'accusez point mon père. CLYTEMNESTRE Qui ... lui, par qui ton coeur à Calchas présenté ... IPHIGÉNIE Pour conserver mes jours, que n'a-t-il point tenté! Mais au courroux des dieux, qui pourroit me soustraire? LE CHOEUR Non, non, nous ne souffrirons pas Qu'on enleve aux dieux leur victime; Ils ont ordonné son trépas; Notre fureur est légitime. IPHIGÉNIE Vous entendez les cris d'un peuple furieux. Ma mère, rappelez ce sublime courage, Appanage du sang que vous tenez des cieux. Il est tems d'obéir aux dieux! Ah! feisons les rougir du moins de leur ouvrage. Recevez mes derniers adieux. CLYTEMNESTRE Cruelle, tu veux donc que j'expire à tes yeux? ... Moi, je consentirois ... et du courroux céleste ... Ta mère ... ô ciel! Elle tombe dans les bras des femmes IPHIGÉNIE aux femmes Hélas! ... prenez soin de ses jours, Et détournez ses pas de l'autel où je cours. Elle sort SCÈNE VI CLYTEMNESTRE courant après Iphigènie Dieux puissans que j'atteste, Non, je ne souffrirai pas ... Aux femmes qui lui barrent le passage Vous osez retenir mes pas! Persides, privez-moi du jour que je déteste; Dans ce sein maternel enfoncez le couteau; Et qu'au pied de l'autel funeste, Je trouve du moins mon tombeau. Ah! je succombe à ma douleur mortelle ... Ma fille ... je la vois ... sous le fer inhumain ... Que son barbare père aiguisa de sa main; Un prêtre, environné d'une foule criminelle, Ose porter sur elle une main cruelle; Il déchire son sein, et d'un oeil curieux Dans son coeur ... palpitant ... il consulte les dieux. Arrêtez, monstre sanguinaire! Tremblez! c'est le plus pur sang du souverain des cieux, Dont vous osez rougir la terre! Jupiter, lance ta soudre! Que, sous tes coups écrasés, Les Grecs soient réduits en poudre, Dans leurs vaisseaux embrâsés! Et toi, soleil, et toi, qui, dans cette contrée, Reconnois l'héritier et le vrai fils d'Atrée, Toi, qui n'osas du père éclairer le festin, Recule, ils t'ont appris ce funeste chemin. Jupiter, lance ta foudre! Que, sous tes coups écrasés, Les Grecs soient réduits en poudre, Dans leurs vaisseaux embrâsés! On entend une symphonie dans l'éloignement: Pour prix du sang que nous allons répandre, Puissante déité, protège-nous toujours! Quels tristes chants se font entendre! ... O dieux! on va trancher ses jours. En vain vous m'opposez une pitié cruelle; Barbares, malgré vous je vole à son secours, Ou je vais mourir avec elle. Elle force le passage SCÈNE VII Le théàtre représente le rivage de la mer, sur lequel on volt un autel. – Iphigénie est conduite à l'autel, environnée des prétresses de Diane. Derrière l'autel est le grand-prêtre, lea bras étendus vers le ciel, et le couteau sacré à la main. Les Grecs en foule occupent les deux côtés du théàtre CALCHAS, CHOEUR DES GRECS Pour prix du sang que nous allons répandre, Puissante déité, protège-nous toujours; De nos exploits n'interromps plus le cours, Au rivage Troyen permets-nous de descendre! SCÈNE VIII Achille et les acteurs de la scène précédente. Grecs se jetant avec effroi de la gauche à la droite du théâtre GRECS Fuyons, fuyons tous: D'Achille craignons le courroux. Achille entre, suivi des Thessaliens en ordre, qui occupent tout le côté gauche du théâtre: il va à Iphigénie, l'enleve, et, la tenant de la main gauche, il menace de la droite armée Calchas et les Grecs CALCHAS ET LES GRECS C'est en vain qu'on veut la défendre: Les dieux ordonnent son trépas. ACHILLE Venez, si vous l'osez, l'arracher de mes bras. IPHIGÉNIE Grands dieux! prenez votre victime. CHOEURS DES GRECS Ils ont ordonné son trépas; Notre fureur est légitime. SCÈNE DERNIÈRE Clytemnestre, Agamemnon et les acteurs de la scène précédente CLYTEMNESTRE Oh! ma fille! ah, Seigneur! ACHILLE Reine, ne craignez rien. CALCHAS, GRECS C'est en vain qu'on veut la défendre; Tout son sang doit couler! ACHILLE Avant de le répandre, Il faudra verser tout le mien. CHOEUR DES GRECS Frappons, immolons la victime! IPHIGÉNIE ET CLYTEMNESTRE embrassant sa fille Secourez-nous, grands dieux! Le tonnerre se fait entendre, et continue ACHILLE ET LES THESSALIENS. Ecrasons ces audacieux. CHOEUR DES GRECS Notre fureur est légitime. Frappons, frappons! Le tonnerre éclate: une masse de nuages, qui avoit rempli successivement le fond du théâtre, s'éclaire, s'entr'ouvre et laisse voir Diane dans tout son éclat CALCHAS s'avançant Arrêtez, arrêtez! Calmez cette fureur extrême. La déesse vient elle-même, Vous prescrire ses volontés. DIANE Votre zèle des dieux a fléchi la colère. Les vertus de la fille et les pleurs de la mère Ont trouvé grâce devant eux. Je ne vous retiens plus dans les champs de l'Aulide; Volez où la gloire vous guide, Etonnez l'univers par vos faits glorieux; Et vous jeunes amans, vivez, soyez heureux. Les nuages recouvrent la déesse, qui remonte au ciel CALCHAS Adorez la clémence et les bontés des dieux! LE CHOEUR Adorons la clémence et les bontés des dieux. AGAMEMNON O ma fille! IPHIGÉNIE O mon père! ACHILLE Iphigénie! IPHIGÉNIE Achille! CLYTEMNESTRE O toi qui m'est si chère! CLYTENNESTRE ET AGAMEMNON Les dieux te rendent à nos voeux, Pour faire le bonheur d'Achille. IPHIGÉNIE Ah! qu'il est doux! mais qu'il est difficile De passer, si subitement, Du plus cruel tourment A la félicité suprême. TOUS LES QUATRE ENSEMBLE Mon coeur ne sauroit soutenir L'excès de mon bonheur extrême: Palpitant, il s'élance au-delà de moi-même, Il est enivré de plaisir. A peine je respire; Quel aimable délire Vient s'emparer de tous mes sens! ACHILLE ET IPHIGÉNIE Les dieux ont eu pitié de nos gémissemens. ENSEMBLE AVEC LE CHOEUR Jusques aux voûtes éthérées Portons nos voeux reconnoissans, Et célébrons les nôces désirées De ces deux illustres amans. Leur bonheur est le premier gage De la juste faveur des dieux; Et leur hymen est le présage De nos triomphes glorieux. Divertissement |